Le 27 juin 2025, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda signaient à Washington un accord de paix historique sous l’égide des États-Unis, présenté comme une avancée majeure pour mettre fin à des décennies de violences dans la région des Grands Lacs. Mais deux mois plus tard, les chiffres des massacres montrent une réalité bien différente : les combats se poursuivent, les civils continuent de payer un lourd tribut, et l’optimisme affiché par Donald Trump contraste fortement avec la situation sur le terrain.
L’accord de Washington : une trêve présentée comme une paix durable
Image 1. photo de la signature de l’accord à Washington entre la ministre des affaires étrangères congolaise (à gauche) et celui du Rwanda (à droite) en présence du Secrétaire d’Etat américain (au centre). © Radio Okapi
L’Accord de Washington, signé le 27 juin 2025, engageait la RDC et le Rwanda à un cessez-le-feu bilatéral, au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et à la fin du soutien aux groupes armés, notamment le M23. La signature a eu lieu dans les bureaux du secrétaire d’État américain Marco Rubio, en présence des ministres des Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner (RDC) et Olivier Nduhungirehe (Rwanda).
Donald Trump, artisan de la médiation, n’a pas hésité à qualifier l’événement de « fin de l’une des guerres les plus sanglantes du monde » et d’un « triomphe pour la paix ».
Image 2. Nord Kivu dans l’Est de la RDC.
Mais la violence continue
Malgré les promesses, les violences se sont intensifiées dès juillet. Deux événements majeurs montrent que l’accord n’a pas apporté la sécurité attendue :
- Massacres du M23 dans le Nord-Kivu
Selon le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, au moins 319 civils ont été tués en juillet 2025 dans la région de Rutshuru, dont 48 femmes et 19 enfants, lors d’exactions attribuées au M23, soutenu par le Rwanda[4].
- Human Rights Watch documente également plus de 140 civils exécutés, évoquant même un bilan potentiel de plus de 300 morts dans 14 villages proches du parc des Virunga.
- Attaque des ADF à Komanda (Ituri)
Le 27 juillet 2025, les Allied Democratic Forces (ADF), groupe affilié à l’État islamique, ont attaqué une église catholique lors d’une veillée nocturne. Bilan : 43 à 50 fidèles tués, dont des femmes et des enfants, plusieurs enlèvements et des maisons incendiées.
Les critiques : une paix que sur papier
Image 3. Enterrement des personnes tuées par le groupe armé Forces démocratiques alliées dans une église à Komanda, province d’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo, le 28 juillet 2025.© 2025 Reuters/Stringer
Pour de nombreux acteurs locaux et internationaux, la paix proclamée par Trump n’existe pas. La société civile congolaise dénonce un accord sans effet réel, soulignant que les groupes armés ne l’ont pas signé et continuent leurs offensives. Certains accusent l’accord de ne prévoir aucun mécanisme de justice ni de reddition des comptes, laissant l’impunité s’installer.
La RDC relégué à nouveau au second plan
Après quelques jours d’émoi et de condamnations, l’impression est que le monde est déjà passé à autre chose. Les regards des grandes puissances restent focalisés sur deux conflits considérés comme plus stratégiques : la guerre Israël-Palestine, qui enflamme le Moyen-Orient, et la guerre en Ukraine, qui oppose directement la Russie et l’Occident.
Dans ce contexte, la guerre qui ravage l’Est du Congo continue dans un quasi-silence international, alors même qu’elle est l’un des conflits les plus meurtriers au monde depuis 20 ans. Derrière ce désintérêt apparent se profile un enjeu majeur : le pillage continu des ressources naturelles (coltan, cobalt, or), alimentant les économies mondiales. Pendant ce temps, les massacres, les viols et les déplacements massifs de populations se poursuivent dans une impunité quasi totale.
Conclusion
Au final, deux mois après sa signature, l’Accord de Washington apparaît comme un texte fragile, davantage célébré à l’international qu’appliqué sur le terrain. Les massacres du M23 et des ADF rappellent que l’est de la RDC reste pris dans une spirale de violences.
Mais au-delà du contraste entre les discours diplomatiques et la réalité, c’est surtout le silence international qui inquiète. La guerre congolaise semble reléguée à l’arrière-plan de l’actualité mondiale, laissant les populations de l’Est livrées à elles-mêmes, tandis que les logiques de prédation et d’impunité perdurent.
